J’ai une sorte de famille lointaine ici, à  Luanda, enfin par alliance, plus ou moins ; je vous explique vite  fait…Enfin, vite fait, il y’a de quoi écrire un roman de mille pages avec cette histoire, donc je vais simplifier…
Il y a très longtemps, à la fin des sixties, ma gonzesse  habitait un pays lointain  aux portes du désert où se retrouvaient régulièrement des révolutionnaires du monde entier, déserteurs américains, maquisards mozambicains, gueriéros    Angolais ou révolutionnaires cubains.  Là-dedans il y avait des hommes et des femmes qui voulaient changer le monde. A l’age où je lisais le Cosmoschtroumpf, eux avaient déjà dévoré tout  Marx, Lénine et Bakounine.

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Certains retournaient faire la révolution, d’autres non, mais ils changeaient de pays comme de slibard, peut être même plus facilement parce qu’au maquis, on ne fait pas souvent la lessive…c’est une époque  lointaine où ça croyait bien plus à l’humanité que maintenant, mais l’humanité  a tellement merdé depuis, qu’on est en droit d’un peu douter de ses aptitudes  aux grands lendemains qui chantent. Ou même qui fredonne, quoi, mais non…
Quelques jours à Luanda, d’ailleurs, suffisent à se dire que  juste croire à des surlendemains, c’est déjà pas mal gonflé.
Pour faire dans l’hyper raccourci , tout à la fin, plus de vingt ans plus tard, on se retrouve avec deux franco angolaises nées à Luanda, arrivées toutes petites à Montpellier  et qui, bien sûr, n’avaient jamais connu leur famille d’Afrique centrale .  Je suis donc allé les saluer.

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Ils savaient que je devais passer parce que depuis quelques mois seulement, des liens avaient commencé à se renouer. C’est comme ça que je me suis retrouvé, l’autre soir, invité à un anniversaire dans une famille Luandaise où je ne connaissais personne mais on m’a présenté tout le monde  .
Comme ils mangent copieusement et boivent beaucoup de mélanges de bière, de champagne sucré et de mauvais whisky, j’avais un peu oublié  tous les noms  quand je me suis traîné avec un peu mal au bide dans la belle bagnole du cousin Johnny. Le lendemain, ils devaient m’emmener voir les terres qu’ils ont à cinquante bornes hors de la ville, mais personne n’était vraiment apte à se lever très tôt, alors je suis resté dans le bungalow à ausculter ma moto.Entre le frein qui coince, la transmission qui grince, le moteur qui fume, l’eau dans la boîte de vitesse et la bougie droite qui pète tous les quinze kilomètres, je me demande vraiment si cette bonne vieille bécane n’est pas venue ici pour y mourir héroïquement.
accromotoJe la fais tourner un peu, juste pour prendre l’air, pour me souvenir  de ce qu’est le plaisir du voyage à moto. Mais il faut que je sois vigilant, chaque kilomètre avec un moteur qui tourne si mal peut provoquer des pannes irréparables, ça devient comme un junky qui n’arrive pas à se sevrer, je tourne en rond, je regarde la bécane, et je me dis que, merde, quoi ; encore une petite dose, c’est pas  bien grave ; La dernière, le dernier kilomètre de vent dans la gueule et puis c’est promis, c’est juré, je décroche.