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Ici on trouve derrière des portails aussi anonymes que n’importe quel portail  des surprises pour le motard en vadrouille qui se sent prêt à jeter sa moto dans le grand fleuve. Tous les portails ne sont pas anonymes pareil. Par exemple, sur celui des brasseries Primus, il est écrit que s’il vous plait, ici, on ne rentre pas avec des armes à feu . Comme ça, on est fixés tout de suite, on est bien dans un pays où ça pète de temps en temps et la première chose que les rebelles du moment auront envie de s’approprier c’est l’usine à bière, le truc vital, ce sans quoi ici la vie n’est pas concevable. On m’a dit qu’ici les seuls secteurs industriels qui tournaient encore à plein rendement c’est la bière et la chaise en plastique…et c’est vrai qu’une bière d’un litre, il vaut mieux s’asseoir si on veut arriver au bout.  Donc derrière un portail j’ai trouvé un garage de bagnole et l’adresse d’un second presque identique au premier sous son enseigne  « Japan motors »…pourtant là derrière il y a une espèce de laboratoire  hyper pointu pour le réglage des pompes à injection diesel, le top de toute l’Afrique centrale. Le patron c’est Zafar, venu tout petit du Pakistan, au Congo Belge puis à Bruxelles pour faire plein d’études et revenir à Kinshasa pour y devenir le grand maître des injecteurs. Zafar, ça l’épate toujours les mecs tout secs qui font des traversées d’Afrique à moto et si y’a un pépin le voilà prêt à monopoliser tout son super garage pour chercher  pourquoi cette  putain de bécane tourne aussi mal. Il aurait bien suivi en Angola s’il n’avait pas pris trente cinq kilos en arrêtant de cloper. Maintenant il ne pourrait plus piloter qu’une Harley Electra Glide et c’est  pas ce qui se fait de mieux dans la boue congolaise.
Il appelle Franck à la rescousse. Franck c’est un de ces nombreux belges du Congo qui est  né là et qui ne se voit sans doute pas migrer un jour à l’ombre de la basilique de Koekelberg. On bricole les carbus, on trafique l’allumage et finalement , j’irais pas juqu’à dire que mon moulin tourne comme neuf, mais je commence à vraiment croire que je vais pouvoir aller plus loin.
Il faut toujours chercher derrière les portails anonymes , les meilleurs surprises ne sont jamais là où on les attend .

matonge

« Du temps des belges », on mettait, paraît-il, deux jours pour aller de Kinshasa à Lubumbashi…les derniers à l’avoir fait ont mis trois mois ; à côté la traversée du Pool c’est la promenade des anglais.  Une route pas entretenue, ici, ça ne dure pas longtemps. L’eau, la mousse et la chaleur ramolissent le bitume, les arbres repointent leur nez dans les fissures et puis ils foncent vers le ciel et mangent la route…les ponts finissent par s’écrouler eux aussi et la forêt reprend possession de tout. On va pas lui en vouloir à la forêt, avec les coups qu’on lui fout sur la gueule, il faut bien qu’elle s’exprime un peu là où on lui en laisse encore la possibilité. Il y a deux mille bornes…en contournant  par L’Angola et la Zambie
il doit y’en avoir cinq milles…je me demande combien de temps ça va me prendre …Tout dépendra sans doute de la loi de la pluie.

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