Quand on part en voyage, on essaye toujours d’être prévoyant. Quand on en reprend un en  cours, on tente de bien assurer la jonction…En me pointant avec  une boîte de vitesse reconditionnée, deux pneus, une batterie et  un démarreur tout neuf, j’avais l’impression d’avoir fait le maximum . je ne reviendrai pas sur l’erreur de dimension de pneu, je sais que je m’expose pour une incommensurable éternité aux railleries justifiées de tous mes potes, mais pour le démarreur tout neuf, là, vraiment, c’est le sort qui veut s’acharner, me triturer, tester ma résistance nerveuse !
On est donc arrivés au centre culturel français en poussant la moto. François est resté encore quelques heures avec nous puis est reparti vers son monde hostile à la lisière du Pool, et moi j’étais bon pour une nouvelle session de mécanique entrecoupée de séances de conseils aux jeunes auteurs de BD du coin.

CCF

Le technicien du centre est un très bon mécano et il m’a désossé le démarreur en quelques mouvements prompts et précis…à l’intérieur, il y avait plein de boue qui avait cuit et flingué des tas de trucs…même là dedans elle a réussi à rentrer cette foutue boue. Maître Bernard, le roi des mécanos, s’est occupé de tout, il a trouvé des morceaux de démarreur un peu partout dans Brazzaville et le lendemain tout tournait rond comme avant .
Brazzaville , au bord du grand fleuve Congo, avec ses grandes avenues encombrées de taxis et ses bâtiments aux architectures  disparates et prétentieuses pourrait presque être Libreville  s’il n’y avait juste  quelques
arbres en plus et quelques grands immeubles détruits par la guerre.
Dans les rues parallèles aux grandes artères, on peut aller s’acheter quelques bananes et mangues pour le p’tit déj en faisant juste un peu gaffe de ne pas déraper de la tongue dans cette glaise visqueuse  si caractéristique des centres-villes d’ici où se mêlent la terre noire, les flaques de la dernière averse, les sacs plastiques  déchirés et les légumes pourris.
En face, Kinshasa m’attend et Francis, lui, est déjà prêt à reprendre l’avion
pour le Gabon, parce que même s’ il y a dix jours, à une époque lointaine, il avait envisagé un retour par train, maintenant il sait qu’ici, il ne faut jamais présager de rien .

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Personne n’a encore vraiment réussi à m’expliquer ce qu’avait été cette guerre, qui se battait contre qui et pourquoi ?
Comment se fait-il qu’aux portes de la ville, une zone de plus de deux cents kilomètres soit totalement livrée à elle-même. Que ce secteur isole totalement la capitale de son port commercial et que plus aucune voie terrestre digne de ce nom ne passe par là ? On pourra toujours se dire que tout ça arrange sans doute les affaires de certains. De toute façon, dans tous ces pays fricotant discrètement avec le chaos, les quelques supers rupins qui planent au dessus de tout ne se déplacent qu’en avion et  dans les endroits les plus paumés on trouve toujours des aéroports.

ninja2 Pourtant la terre est riche dans le Pool, le maïs y pousse tout seul  sur les rares petites parcelles où on en plante…L’année dernière, en pleine sécheresse, j’avais entendu le très élégamment bovin patron des céréaliers français pousser sa gueulante à la téloche pour défendre son secteur, cette machine  de guerre qui dépense une quantité de flotte inouïe juste pour arroser du maïs qui ne sert qu’à nourrir des bœufs à steack…Pourquoi ils ne viennent pas le planter dans le Pool leur maïs à la con ? Ce truc permettrait peut être aux grumeaux de ranger leur Kalachs .
ninja1

Ouais bon, ils ont sans doute des choses plus importantes en tête du genre de quand c’est qu’ils vont se racheter un nouveau quat’quat’ ou un nouveau Boeing.  On m’a raconté l’histoire du fils ou du neveu d’un des chefs d’état du secteur qui pour se rendre à la commission de protection des forêts dont on l’a nommé responsable pour qu’il s’occupe un peu, ne se rend aux réunions qu’avec le Boeing  perso de papa ( ou de tonton, je sais plus trop bien)…mais bon, c’est peut être des conneries, puis peut être que bientôt, le Boeing ne marchera qu’au bio-kérosène fabriqué dans le Pool et amené à Pointe Noire par un train tout neuf offert par Total, qui depuis le temps qu’il pique le pétrole d’ici, pourrait bien offrir au pays une ou deux locomotives toutes neuves.  Peut être que ça ne fera pas chuter sa cotation en bourse.  Des fois, on peut rêver …

avion