Quelques heures plus  tard, nous arrivions en périphérie de  Brazzaville.
Comme nous avions embarqués  sur ce train de façon tout à fait informelle, il fallait qu’on en débarque de la même manière.
Notre chef de convoi, et François, notre acolyte de Bouansa, nous avait bien prévenus que le train s’arrêterait un peu avant son entrée en gare et qu’ il fallait qu’on débarque très vite parce  qu’on ne déconne  pas avec la chaîne du froid…et  aussi un peu sans doute parce que les trains de marchandises  remplis de soldats n’ont aucune raison de débarquer en gare avec deux blancs crasseux et une bécane déglinguée . On s’était donc préparé bien comme il faut…la bécane détachée du container , les sacs accrochés dessus  et nos soldats parés pour la manœuvre. En une ou deux minutes la bécane était en bas, tous les agités de ce genre de no man’s land improbable commençaient à accourir de partout, à s’accrocher à notre barda mal fixé ; il y avait, on pourrait dire comme une certaine confusion pure et dure. On a grimpé à trois dessus avec François  et Francis, un coup de démarreur  et on s’est extirpés de tout ça de manière un peu brutale. Dans le tas, il y avait aussi deux genre de keufs en civil qui  brandissaient leur carte de fonctionnaire …François insistait bien pour ne surtout pas s’occuper d’eux, c’était aussi mon intention. La moto vrombissante, tentait donc de maintenir la cadence minimum pour semer les deux flics, en longeant le train lourd qui redémarrait et sans tomber en dessous non plus. Pas facile de rouler entre les voies. On a pu bifurquer , pour s’écarter du train  et franchir d’autres voies puis on roulait un peu dans tous les sens pour arriver à trouver une sortie : il n’ y en avait qu’une mais pour la passer il fallait attendre que tout le train ait franchi le passage à niveau.

arrivee_de_train

C’était un peu comme dans les films, on était devant un passage à attendre prêt à bondir, le passage d’un interminable train en regardant sur le côté les casse-couilles, encartés ou non, qui n’allaient pas tarder à revenir à la charge. Sur le toit des wagons, les soldats qui nous avaient accompagnés pendant trente heures, nous saluaient avec un enthousiasme très revigorant.
Aussitôt après le dernier centimètre de train lourd, on s’est barrés plein gaz et de trou en trou, on a rejoint le bitume  avec pour consigne de ne toujours pas ralentir parce que normalement, il y a un contrôle de flic là, aussi. Celui-là, je ne l’ai pas vu, mais je n’ai pas non plus pris le temps de le chercher vraiment. Quelques kilomètres plus loin, on a fait une pause pour souffler un peu et refixer les bagages et quand  il a fallu redémarrer la bécane était de nouveau en panne !
Je n’ai jamais cherché a vraiment comprendre pourquoi les pannes n’arrivent jamais dans les moments critiques, mais cette fois-ci, à un coup de démarreur près, c’est quand même l’arrivée la plus rock n’roll de ma carrière !