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On aurait pu croire qu’une sorte de routine commençait à s’installer, pistes roulantes, petits hôtels et comme ça jusqu’à Brazzaville, mais c’est sans compter sur l’imprévu qui pimente toujours à temps et tout le monde sait qu’une douane pour les imprévus, c’est toujours assez prometteur. Ce matin-là, il faisait plutôt beau et la piste étroite mais bien  carrossable allait nous mener tranquillement à la frontière, et il faut dire que les douanes gabonaises ne me décevront  vraiment jamais ! Déjà en entrant, avec le douanier bourré c’était quiqu’chose ; ceux qui veulent se rappeler n’ont qu’à aller sur l’autre blog, je l’ai foutu en lien ; ça lui fera pas de mal d’être un peu revisité !

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Donc, on arrive à une petite barrière un peu sommaire et autour quelques petites maisons dispersées et des gamins déjà un peu carbonisés comme les grumeaux qu’on avait laissés à Ndende.  Un d’eux appelle un petit groupe de mecs lookés plus rap que douane qui nous disent d’attendre un peu. Pas de problème, on part bouquiner à l’ombre d’un manguier, faut jamais être pressé en Afrique.

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Finalement, on en voit rappliquer un magnifiquement martial avec sa casquette de campagne électorale à l’envers et son maillot du PSG , il nous explique que la douane ne fonctionne plus depuis quelques temps , qu’il y a juste une vague permanence pour tamponner les papiers  mais que comme son chef est parti voir sa femme pour Noël et qu’il a emmené le tampon il va falloir improviser : il nous gribouille donc un petit mot d’excuse dans le passeport et le carnet de douane et nous voilà partis. Un kilomètre plus loin on retombe sur une autre barrière à côté d’un petit bâtiment effondré « douane gabonaise »   mangé par la végétation et c’est Francis qui m’ouvre la porte . Dans le rétro, j’ai vu surgir d’une cahute du bas côté un militaire torse nu qui arrivait en courant, probablement extirpé en sursaut de son sommeil par les grincements de mes roulements. J’ai donc proposé à Francis de remonter assez vite sur la moto et je l’ai encore vu courir longtemps dans le rétro…je crois même qu’il court encore mais je n’irai pas vérifier…Ensuite c’est l’entrée au Congo…tout commence simplement, courtoisement et plus dans les règles qu’au poste gabonais. Mais à un moment donné, il y a en a un que se rend compte qu’on est arrivé deux jours plus tôt. On avait même pas fait gaffe qu’au départ  on s’était prévu  une virée en forêt donc une entrée au Congo plus tardive. La douane est un village tout à fait sympathique avec une petite auberge  et une épicerie très sommaires. Il n’y a donc aucun problème à ce qu’on se repose une journée ou deux , surtout  que  la pluie est revenue en force . En écoutant le crépitement  assourdissant sur le toit de ma case, je me rends compte du bol qu’on a eu d’être arraisonné ici par un fonctionnaire trop zélé qui le soir même est devenu notre pote autour d’un bon vin de palme bien tiède ! Entre l’épicerie , dépôt de sardine et corned beaf ,  le bistrot, vin de palme et bière tiède et le cercle de réflexion  pour la paix et la réconciliation, toujours fermé, la vie peut très vite sembler vaine à Ngongo, mais nous récupérons nos passeports en fin d’aprème, il pleut.  On voudrait décoller le vingt sept à l’aube et rouler un minimum pour éviter les régulières averses de l’après midi.

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La pluie redouble d’intensité. Ngongo,vingt sept décembre, trois heures du mat…la pluie battante vient de cesser et un vieux camion Mercedes hors d’age d’arriver au milieu du village où tout se réveille. Le bistrot, l’épicerie, musique à donf, agitation partout et même les coqs qui commencent à hurler. Le vieux bâché c’est le bus de la ligne régulière , il amène des gens qui attendront ici la jonction pour le Gabon , du pain, des provisions…il y a de quoi créer l’événement…son retard me rend légèrement inquiet quant à l’état de la piste…on verra demain…la pluie est revenue de plus belle. De Ngongo à Kibango

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On peut dire qu’il a vraiment plu la nuit dernière et que ça se voit ; la piste n’est qu’une succession de trou d’eau et d’argile glissante comme du savon mais qui, facétieuse, se transforme en béton entre le garde boue et le pneu avant, du coup l’arrière commence à patiner et c’est la gamelle. Je finis très vite par préférer rouler dans l’eau plutôt que dans la boue, au moins ça nettoie les pneus. Mais dans cette flotte opaque, il est difficile de deviner la profondeur et les obstacles. Parfois Francis part en reconnaissance, parfois ça passe tout seul ou parfois aussi c’est l’overstress de la mort, la moto est à moitié sous l’eau et y faut surtout pas se vautrer…

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Après cent trente bornes, on finira par s’échouer en ruines dans un motel au dépouillement extrême à l’entrée de Kibangou. Ici les keufs sont aussi gentils qu’à Ngongo, le gendarme du contrôle d’entrée donne des cours de rattrapage de chimie ; on discutera longtemps de la différence entre le voyageur et le touriste…faudra t’il venir jusqu’en Afrique centrale  pour découvrir le premier flic philosophe ?