05 novembre 2006
Salut me v'là reviendu!
Le yin le yang, le bien le mal, l’être et le néant….
L’individu est multiple et la route est longue. Entre le sédentarisme forcené d’une vie de dessinateur de livres en cases et bulles et les aspirations adolescentes d’une vie de gribouilleur nomade, ma réalité était-elle planquée quelque part au milieu, sur la voie du même nom, comme dirait quelque bonze hilare au crâne poncé à l’Ajax vaisselle ?
Docteur Jeckyll et Mister Hyde…mais lequel prend la route vers nulle part et lequel s’accroche à son crayon en cherchant sans cesse des idées pour des livres qui vont se perdre dans un océan de papier inutile empilé aux quatre coin du pays .
Quelque part en Afrique centrale , quelques branches tropicales arrachées à la grande forêt primaire vont venir finir en tas de papier brochés ou cartonnés avec mes dessins dedans.
C’est là-bas que j’ai laissé, il y a dix mois, ma bonne vieille bécane après une traversée d’une dizaine de semaines qui de Marseille et Tunis m’avait amené à Libreville.
Je pensais y organiser une sorte de rencontre de mes potes dessinateurs africains pour tenter de leur faire rencontrer ceux qui auraient pu les aider à mettre sur pied une publication périodique régionale. C’est une idée qui traîne depuis longtemps à l’ombre des grands arbres, je croyais avoir quelques nouvelles idées mais la conjoncture culturelle et les capitaines d’industrie de la grande distribution en on décidé autrement…
Je retournerai donc près de l’Equateur avec pour seule mission de me fondre dans la grande forêt avant qu’elle ne soit plus que du contreplaqué pour Castorama ou des piles d’Harry Potter aux caisses de chez Carrouf.
21 novembre 2006
les paperasses...
Une fois que t’es parti de ta maison avec ta bécane pour une destination lointaine, tu déclenches un processus progressif qui t’immerge progressivement dans le nomadisme au long court ; quand après quelques semaines tu te retrouves dans d’indescriptibles mégapoles, le décalage progressif te permet de te glisser dans leur chaos comme si tu y avais toujours vécu.
Rentrer chez soi au milieu d’un voyage pour s’y replonger quelques mois plus tard, c’est complètement différent…
Tiens, un exemple : le simple fait de prendre un visa pour repartir …
Quand je suis rentré au Gabon par la route du nord, j’avais eu, la veille, mon visa Gabonais à Yaounde sans aucun problème.
Le même tampon, pour le même pays mais demandé depuis la France, c’est une autre paire de manches .
Evidemment, Sarkozy est passé par là et un dessinateur Gabonais qui voudrait aller se balader à Paname devra fournir pour avoir un visa français un dossier plus gros que le casier judiciaire de Bernard Tapie !
Alors dans l’autre sens, maintenant c’est pareil…des photocops d’assurance de rapatriement, des fax d’invitations officielles, des tas de photos, de copies de pleins de trucs, notamment d’un billet d’avion aller-retour pour bien prouver que je compte rentrer en france et pas rester là-bas et piquer le boulot de mon pote Pahé ! Ah ben là c’est un peu con, parce que l’hiver dernier, je me suis pris un aller-retour depuis Libreville…donc, là, dans quelques jours, je retourne récupérer ma moto…je retourne….c’est donc un retour !
Et voilà comment on se retrouve soupçonné de vouloir piquer le boulot de Pahé.
Me voilà pas encore du tout parti et les complications commencent déjà !

22 novembre 2006
un peu de mécanique

Ma bonne vieille bécane m’attend donc dans le garage de Francis à Libreville…
J’ai juste ramené la boîte de vitesses avec moi il y a une dizaine de mois parce qu’elle faisait beaucoup de bruit et continuer comme ça, c’était peut être un peu risqué. Ce morceau de moteur-là a toujours eu le goût des gags récurrents.
Je ne sais plus trop combien de fois je l’ai ouverte… une année, elle avait parfaitement résisté à un voyage lointain…pas un bruit mécanique suspect, rien, après quelques milliers de kilomètres africains tout avait tenu !
J’étais pas peu fier sur ce coup-là…et puis, après une vidange d’huile, j’ai mal revissé le bouchon et le précieux lubrifiant s’est lentement écoulé au fil de kilomètres. Quelque part vers Sisteron, je me suis retrouvé tout d’un coup en roue libre sur l’autoroute…dans la boîte de vitesse, tout avait explosé…et je vais pas pleurer, j’ose même pas imaginer ce qui se serait passé si tout ça s’était bloqué…à cent soixante, il y a des chances pour que ça ne fasse pas de cadeau !
Enfin bon, je l’ai reconstruite une fois de plus ; changé les roulements fatigués et les pignons abîmés…comme cette fois encore…avec toujours un soupçon d’angoisse de ne pas avoir bien ajusté ces calages au dixième de millimètre qui vont faire que plus tard, une fois tout bien remonté sur la moto, les vitesses passeront bien…ou pas ! C’est toujours un peu flippant de réparer un truc quelque part en sachant qu’on ne saura si ça marche que huit mille bornes plus au sud, là où il est impossible de démonter à nouveau !

25 novembre 2006
derniers dessins
Quelques jours avant le départ et sans peaufinages de préparation mécanique à faire sur la moto, ça tourne un peu en rond …je ne peux pas sans arrêt aller regarder avec anxiété ma boîte de vitesses en me demandant si elle résistera aux pistes boueuses…J’ai terminé les pages de cochons que je devais livrer avant le départ, alors je cherche des trucs que j’aurais oublié, je trie le courrier, tombe sur des lettres de lecteurs qui m’ont demandé il y a trois ans un dessin pour l’anniversaire de leur gonzesse…un gribouilli pour un collectif…une réponse à des vœux du siècle dernier…
A Kinshasa, il y a couvre feu à dix huit heures…on en recause bientôt…

28 novembre 2006
au téléphone...
04 décembre 2006
insomnia
Normalement, je pars dans quatre jours, je décolle vendredi…cool …
Quand je suis remonté du Gabon à la fin du dernier mois de janvier, j’avais pris un billet aller-retour depuis là-bas et la date de retour je l’avais prise au pif…
Y’a un pote qui connaît plein de gens à Air France et qui peut toujours dénouer des trucs compliqués genre changer un horaire en catastrophe…à quelques jours du départ, il m’a bien dit de pas m’inquiéter…c’est vrai que y’a pas de raison, il y arrive toujours…et puis si y’a pas de place sur un vol, on peut toujours prendre le suivant ; c’est simple, non ?
Ces derniers soirs, en me couchant, j’arrête pas de me dire que c’est trop simple !

12 décembre 2006
un peu de poids en plus
![]() | Tout mes suppléments de bagages sont prêt…la boîte de vitesse, les pneus et tout un tas de babioles qui n’attendent plus que leur heure de départ ! |
bon vol...
Et bien tiens, on va en parler des suppléments de bagages…Deux jours plus tard que prévu, parce que les potes, ça ne peut pas toujours régler tous les problèmes, je me retrouve prêt à partir avec un billet acheté plein pot sur le Net, comme n’importe quel connard qui s’y prend à la dernière minute.

Avec ma valise de moto bien remplie de vingt cinq kilos de boîte de vitesse et d’un batterie neuve et bien sûr sans acide dedans, je me retrouve une grosse heures à l’avance à l’aéroport de Montpellier pour un départ pour Libreville avec quarante minutes de speed prévue à Paname, entre deux vol.
Ce n’est pas la première fois que je ramène ma boîte de vitesse sous d’autres cieux…à l’époque, on m’avait convoqué après enregistrement des bagages chez les keufs de l’aéroport tant mon paquetage lourdement métallique ressemblait à un attentat potentiel, après une évidente tension tout avait fini par s’arranger. Super prévoyant, ce coup-ci, j’y vais à l’avance…mais la masse de métal ne leur pose apparemment plus de problème ; ce qui tracasse ce coup-ci c’est mes pneus qui font un troisième bagage hors normes qui perturbe beaucoup ma réceptionniste avec son air de vieille institutrice contrariée.
Ces gonzesses-là, c’est un peu comme les flics, elles font souvent équipe par deux, une cool et une revêche ! La méchante voulait me faire douiller cent cinquante zorros à cause de mes pneus, la gentille m’a suggéré de tenter d’attacher les pneus au sac pour qu’il ne fasse plus qu’un seul bagage enregistrable…Après la modification du paquetage, la teigne elle m’a dit que c’était bien devenu deux bagages mais trop lourds, alors sa merveilleuse collègue m’a suggéré de prendre une partie en cabine…oui, d’accord, je veux bien que je lui ai dit mais quoi ? Un pneu, la boîte super lourde ou la batterie super interdite ?
Comme les princesses gagnent toujours contre les sorcières dans les belles histoires, elle a réussi à convaincre tous les contrôleurs de me laisser passer avec ma batterie dans mon petit sac de cabine où elle s’est bien appliquée à écrabouiller mes lunettes de presbyte et presque mon appareil photo qui l’a bien echappé belle ! Tout ça m’a coûté trois fois moins de supplément et j’ai couru à l’avion qui n’attendait plus que moi pour décoller.

retour à Libreville
Me voici donc à nouveau sur le sol africain .
Je retrouve cette familière moiteur tapissée de gasoil et de jus de poubelle, je retrouve aussi ma bonne vieille bécane désossée et à peine sorti d’une nuit de sommeil recroquevillé , j’entreprends aussitôt sa reconstruction entrecoupée de bouts de sieste parce que bon, on est pas aux pièces non plus ; c’est quand même pas sur ce continent que je vais me mettre à apprendre l’affolement !

13 décembre 2006
un peu de fumée noire

La moto a fini par redémarrer…ça n’a pas été simple. Il y avait plein de caillots qui obstruaient l’arrivée d’essence. Après il y a eu une épaisse fumée noire et puis le moteur a vrombi. Mais aussi, l’huile chaude giclait sur le côté…un trou dans le carter droit…comme si quelqu’un l’avait foutue par terre.
J’ai quand même roulé pour tester la boîte de vitesse. Il y a eu, pendant quelques dizaines de mètres un super moche grincement suspect et un super coup de stress découlant directement du moche bruit à la con et puis tout a semblé redevenir normal. A part, évidemment, ce petit geyser d’huile qui tapisse en permanence les pieds du pilote, c’est, il faut bien le reconnaître, assez désagréable comme sensation pédestre.






